Maman un jour, maman toujours!

Collaboration spéciale : Éloïse Laberge

Éloïse Laberge est une jeune adulte vivant dans la ville de Montréal. Âgée de 21 ans, elle étudie présentement en Communication et médias au cégep de Rosemont.  Comme plusieurs filles de son âge, elle vit dans son propre appartement et aime passer du temps avec ses amis et son amoureux. Malgré tout, elle reste différente de bien des filles, car  Éloïse est maman, et ce depuis bientôt 6 ans. C’est avec gentillesse qu’Éloïse a accepté de nous livrer un témoignage, où elle y raconte sa vie de mère et les difficultés rencontrées qu’elle a connu durant son adolescence, période où les préjugés envers les autres se font plus présents.

 À une certaine époque, les jeunes filles qui tombaient enceintes étaient montrées du doigt comme de grandes crédules sans avenir et sans carrière, qui gaspillait les meilleures années de leur vie à torcher un bébé. Ces filles mères se cachaient ou se mariaient avec empressement pour ne pas avoir à confronter les préjugés; une putain, une fille facile, une aguicheuse et j’en passe. Que pensez-vous de cette réalité? A-t-elle changé? Je ne pense pas. Nous y sommes encore dans cette ère où l’affirmation disant: mieux vaut sacrifier un enfant que de se sacrifier nous-mêmes, est encore omniprésente dans notre société.

Chaque année, un grand nombre d’adolescentes interrompt leur grossesse au Québec tandis qu’une minorité préfère se rendre à terme. Ces jeunes mamans sont alors confiées à l’école Rosalie-Jetté. Une école se spécialisant dans les cas de mères adolescentes désirant poursuivre leur étude. Elles sont méticuleusement suivies par des travailleurs sociaux, des médecins et malheureusement par la protection de la jeunesse. Actuellement, jeune maman rime avec mère indigne.

À 15 ans, je suis tombée enceinte. J’étais une adolescente sans histoire, qui était tombée amoureuse d’un garçon, qui avait fait l’amour sans se protéger, sans vraiment y penser. Je peux être fière de faire partie de ces rares femmes ayant conçu un enfant lors de leur première et unique relation sexuelle. Un choc? Oui, évidemment.

J’ai eu le droit à toutes sortes de commentaires, de regards et de mépris des gens. J’avais l’impression de ne pas seulement être rejeté par le père, ni uniquement par mes amis, mais par la société, la société tout entière qui osait me juger au grand jour. Je me rappelle d’une situation, où je revenais de l’école et m’apprêtait à prendre l’autobus. Comme à l’habitude, les gens ne me cédaient pas une place. Une place qui m’aurait été bien utile sous le haut de mes 7 mois de grossesse. Le chauffeur s’est alors levé. Il a demandé aux passagers de bien me laisser une place, sinon il ne poursuivrait pas son itinéraire régulier. Imaginez-vous donc que personne ne s’est levé! C’est à ce moment que j’ai compris bien des choses et que je n’avais pas le choix de leur prouver que je deviendrai une bonne mère. Une autre fois, je me suis fait délibérément et sans raison apparente, traitée de petite princesse par une connaissance. Un surnom qui insinuait que mon choix et mon droit de garder cet enfant étaient tout simplement égoïste. Je ne savais pas que se réveiller toutes les 2 heures, changer des couches, préparer des biberons et s’efforcer de tout donner à un petit être était de l’égoïsme. Vous savez, même si je n’avais que 15 ans, mon but était le même qu’une mère adulte; donner. Donner tout ce que j’avais, tout ce que j’étais, avec le peu d’expérience de vie que j’avais. Je voulais simplement que mon petit garçon soit heureux et qu’il ait tout l’amour qu’il mérite.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans et je suis en voie d’obtenir mon diplôme d’études collégiales en communication. Je souhaite entreprendre un Bac en psychoéducation à l’université. Mon fils à 6 ans et va à l’école du quartier. J’ai un appartement, un amoureux depuis pratiquement 2 ans et des amis sur lesquels je peux assurément compter. Je peux affirmer haut et fort que je suis fière de moi et de toutes celles qui ne sont pas laissées détruire par les préjugés. Ne me dites surtout pas, « Oui, mais toi, ce n’est pas pareil! » Oui, je suis pareille, pareille à toutes ces filles qui ont passé par le même chemin que moi, qui ont terminé avec entêtement leur secondaire et qui aujourd’hui souhaitent ce qu’il y a de mieux pour elles et leur enfant.

Je ne suis pas ici pour porter un jugement ni à celle qui le garde, ni à celle qui l’avorte, mais seulement à la société qui ne semble pas comprendre l’importance de soutenir ces jeunes filles. Dans ce temps-là, je me dis qu’il serait bien qu’on change notre jugement et notre façon de penser. Je pense que ces adolescentes ont suffisamment de problèmes à vivre et à surmonter. Elles n’ont assurément pas besoin de notre condescendance mais, leur tendre la main serait un geste sans prix pour l’avenir d’elles et leur petit. Finalement, pour ceux trouvant mes propos trop direct et sans nuance, il y a et aura toujours des cas discutables mais, généraliser le tout ne mène pas en grand-chose et ne résout certainement pas cette problématique sociale que peut être le jugement.

 (introduction écrite par Agathe Dessureault)

One thought on “Maman un jour, maman toujours!

  1. Merci pour ce beau témoignage. Je fais partie de celles qui ont “choisi” d’avorter et il m’a fallu plus de vingt ans pour m’en remettre, même si je ne peux pas dire que je regrette (depuis, j’ai eu trois enfants). Bravo à cette jeune mère, j’approuve complètement ses propos. Donner la vie est ce qu’il y a de plus beau, et de plus exigeant, la société, encore bien trop machiste et misogyne, devrait se le rappeler et respecter toutes les mères. Et que je sache, on ne tombe pas enceinte par l’opération du saint-esprit ! Si les mères étaient vraiment respectées, et accompagnées, nombre de maux de société seraient résolus.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s